En creusant dans cette affaire, on découvre que la SGBS est un organe bancaire atypique qui aligne ses opérations sur les objectifs diplomatiques de la France. Loin d’avoir tiré les leçons de l’affaire Kerviel, et loin aussi de sa principale valeur, “l’esprit d’équipe”, la Société Générale n’hésite pas à instrumentaliser sa filiale sénégalaise pour protéger les intérêts économiques de la France au pays de la téranga, au détriment de ses employés et de toute éthique bancaire. Enquête sur une banque qui en dit long sur l’état actuel de la Françafrique.
Sipl/Sgbs, la monumentale arnaque de la société générale
La Société Industrielle des Produits Laitiers (SIPL) démarre ses activités dans les années 1960. En 1972, elle lance la première usine de lait concentré en Afrique noire. Son modèle : importer du lait en poudre pour le reconstituer et le distribuer sur place. L’idée est vue d’un mauvais œil par les leaders européens du secteur laitier, et en 1974, Nestlé ouvre sa propre usine concurrente à la SIPL sur le sol sénégalais (la CODIPRAL). Les deux leaders se livrent alors une guerre des prix acharnée jusqu’à ce qu’un accord de partage du marché soit conclu au début des années 1980.
A la fin des années 1980, le climat économique se tend pour la SIPL : conflit sénégalo-mauritanien (les Mauritaniens possèdent alors un important réseau de distribution alimentaire au Sénégal), importation sauvage de lait concentré, et flambée internationale des prix de la poudre de lait fragilisent les comptes de la SIPL. C’est à ce moment-là que Nestlé se brouille avec sa banque, la BICIS (BNP), et confie ses comptes à la SGBS, qui gère également les comptes de la SIPL. A noter que la SGBS est alors membre du conseil d’administration de la SIPL, et que par conséquent elle connaît l’intégrité du patrimoine de la société laitière, et dispose d’infos de première main sur ses projets. Le conflit d’intérêt est patent.
Dans la foulée, la SGBS se retourne contre la SIPL et lui réclame le remboursement immédiat d’un crédit de 300 millions de FCFA. Convaincue d’avoir déjà épongé ses dettes, la SIPL lance une expertise. Mais la Société Générale se précipite, s’adjuge un immeuble de la SIPL pour 50 millions de FCFA (alors qu’il était estimé à 1,7 milliards), et le revend dans la foulée à la Sci And Jubbo, société de l’homme d’affaires libanais Tarraf Koujock, pour 180 millions de FCFA, empochant une plus-value au passage. Le lien direct entre la Sci And Jubbo et la SGBS ? Le cabinet d’affaires Bourgi & Gueye (du sulfureux libanais Robert Bourgi), qui compte les deux entités comme clients.
Commence alors pour Amadou Moctar Sow, fondateur et dirigeant de la SIPL, un cauchemar qui va durer plus de 20 ans. Tout d’abord, les avocats de la SIPL démontreront que la SIPL n’avait pas de dettes vis-à-vis de la SGBS, et prouveront ainsi que la filiale sénégalaise de la Société Générale a fabriqué cette dette pour procéder à la vente de l’immeuble. Puis en décembre 1999, la cour de cassation casse et annule l’adjugement de l’immeuble à la SGBS. Cependant, la SGBS joue la mauvaise foi et ne restitue pas les biens illégalement saisis. S’en suit pour Amadou Moctar Sow une campagne de lobbying de 15 années pour faire respecter la décision de justice et récupérer les biens de sa société.
Une nouvelle mission pour Florent Youzan
Finalement, en février 2015, la justice sénégalaise reconnaît la faute indéniable de la SGBS et la condamne au remboursement des biens mal-acquis, accompagnés de dommages et intérêts à la hauteur du préjudice subi par Amadou Moctar Sow. Malheureusement pour lui, la SGBS affiche des résultats dans le rouge depuis plusieurs années, et refuse d’éponger une dette sur laquelle elle juge probablement qu’il y a prescription. Face aux pressions, la SGBS fait jouer ses atouts diplomatiques, et c’est monsieur l’ambassadeur de France lui-même, Jean Félix-Paganon, qui informe le Quai d’Orsay de la situation pour que celui-ci fasse pression – et c’est ce qu’il fait – sur les autorités sénégalaises. Du coup, un an après la condamnation de la SGBS, la SIPL n’a toujours pas reçu le jugement officiel de la Cour, et ne peut de facto faire exécuter la décision du tribunal.
La somme due par la SGBS à la SIPL ? 38 milliards de FCFA, soit 58 millions d’euros, rien que ça… Dans un communiqué du conseil de la république sénégalaise datant de 2006, on pouvait lire qu’il s’agit là du « plus grand scandale économique, la plus grande injustice économique dont ont été victimes les opérateurs économiques nationaux ».
Sgbs Vs Sci and Jubbo : Les arroseurs s’aspergent
En novembre 2015, Yann de Nanteuil, directeur général de la SGBS, est convoqué à paraître devant les tribunaux pour faux et usage de faux en écriture privée, accusé d’avoir tenté d’escroquer la Sci And Jubbo de 15 milliards de FCFA. En cause : La Sci And Jubbo a hypothéqué une parcelle de terrain en 2010 auprès de la SGBS en échange d’un crédit de 2,85 milliards de FCFA. Le 23 juillet 2015, la SGBS réclame le remboursement de 15 milliards de FCFA, sous peine de quoi elle engagera la vente des terrains hypothéqués. Cependant, pour Allia Tarraf Koujock, directrice générale de la Sci And Jubbo, le crédit consenti n’a jamais été débloqué, ce qui provoque la nullité de l’affectation hypothécaire.
Yann de Nanteuil aurait monté un faux dossier composé de communications fictives, de montants bidons, et de termes contractuels inexistants. Cependant, le 3 mars 2016, devant les juges, le directeur de la SGBS affirme que la procédure est légale et doit continuer (sans répondre aux accusations de faux et usage de faux). Au passage, s’estimant spoliée, la Sbbs réclame 5 milliards de F Cfa de dommages et intérêts à la Sci And Jubbo. Verdict le 19 mai 2016.
Belle ironie du sort pour ces deux entités qui, il y a 25 ans, marchaient main dans la main pour orchestrer la chute de la SIPL. D’où vient ce retournement de situations ? Vue que les comptes de la SGBS sont dans le rouge, son directeur a décidé de partir à la chasse aux mauvais payeurs. Récemment, c’est l’arrestation de l’homme d’affaires libanais Zoheir Wazni qui a défrayé la chronique : ce dernier est emprisonné en décembre 2015 pour incapacité de rembourser une dette de 22 milliards de FCFA, dont 8,9 milliards sont dus à la Sgbs. Voilà une méthode bien peu orthodoxe de réclamer son dû. A moins que ce ne soit qu’un avertissement adressé aux autres hommes d‘affaires libanais ayant bénéficié des largesses de la SGBS de par le passé, dont la Sci And Jubbo. Curieux tout de même que la SGBS utilise la même technique sur la Sci And Jubbo (remboursement immédiat ou dépossession) que les deux entités ont utilisé conjointement sur la SIPL il y a 25 ans…
Sipl/Sgbs, la monumentale arnaque de la société générale
La Société Industrielle des Produits Laitiers (SIPL) démarre ses activités dans les années 1960. En 1972, elle lance la première usine de lait concentré en Afrique noire. Son modèle : importer du lait en poudre pour le reconstituer et le distribuer sur place. L’idée est vue d’un mauvais œil par les leaders européens du secteur laitier, et en 1974, Nestlé ouvre sa propre usine concurrente à la SIPL sur le sol sénégalais (la CODIPRAL). Les deux leaders se livrent alors une guerre des prix acharnée jusqu’à ce qu’un accord de partage du marché soit conclu au début des années 1980.
A la fin des années 1980, le climat économique se tend pour la SIPL : conflit sénégalo-mauritanien (les Mauritaniens possèdent alors un important réseau de distribution alimentaire au Sénégal), importation sauvage de lait concentré, et flambée internationale des prix de la poudre de lait fragilisent les comptes de la SIPL. C’est à ce moment-là que Nestlé se brouille avec sa banque, la BICIS (BNP), et confie ses comptes à la SGBS, qui gère également les comptes de la SIPL. A noter que la SGBS est alors membre du conseil d’administration de la SIPL, et que par conséquent elle connaît l’intégrité du patrimoine de la société laitière, et dispose d’infos de première main sur ses projets. Le conflit d’intérêt est patent.
Dans la foulée, la SGBS se retourne contre la SIPL et lui réclame le remboursement immédiat d’un crédit de 300 millions de FCFA. Convaincue d’avoir déjà épongé ses dettes, la SIPL lance une expertise. Mais la Société Générale se précipite, s’adjuge un immeuble de la SIPL pour 50 millions de FCFA (alors qu’il était estimé à 1,7 milliards), et le revend dans la foulée à la Sci And Jubbo, société de l’homme d’affaires libanais Tarraf Koujock, pour 180 millions de FCFA, empochant une plus-value au passage. Le lien direct entre la Sci And Jubbo et la SGBS ? Le cabinet d’affaires Bourgi & Gueye (du sulfureux libanais Robert Bourgi), qui compte les deux entités comme clients.
Commence alors pour Amadou Moctar Sow, fondateur et dirigeant de la SIPL, un cauchemar qui va durer plus de 20 ans. Tout d’abord, les avocats de la SIPL démontreront que la SIPL n’avait pas de dettes vis-à-vis de la SGBS, et prouveront ainsi que la filiale sénégalaise de la Société Générale a fabriqué cette dette pour procéder à la vente de l’immeuble. Puis en décembre 1999, la cour de cassation casse et annule l’adjugement de l’immeuble à la SGBS. Cependant, la SGBS joue la mauvaise foi et ne restitue pas les biens illégalement saisis. S’en suit pour Amadou Moctar Sow une campagne de lobbying de 15 années pour faire respecter la décision de justice et récupérer les biens de sa société.
Une nouvelle mission pour Florent Youzan
Finalement, en février 2015, la justice sénégalaise reconnaît la faute indéniable de la SGBS et la condamne au remboursement des biens mal-acquis, accompagnés de dommages et intérêts à la hauteur du préjudice subi par Amadou Moctar Sow. Malheureusement pour lui, la SGBS affiche des résultats dans le rouge depuis plusieurs années, et refuse d’éponger une dette sur laquelle elle juge probablement qu’il y a prescription. Face aux pressions, la SGBS fait jouer ses atouts diplomatiques, et c’est monsieur l’ambassadeur de France lui-même, Jean Félix-Paganon, qui informe le Quai d’Orsay de la situation pour que celui-ci fasse pression – et c’est ce qu’il fait – sur les autorités sénégalaises. Du coup, un an après la condamnation de la SGBS, la SIPL n’a toujours pas reçu le jugement officiel de la Cour, et ne peut de facto faire exécuter la décision du tribunal.
La somme due par la SGBS à la SIPL ? 38 milliards de FCFA, soit 58 millions d’euros, rien que ça… Dans un communiqué du conseil de la république sénégalaise datant de 2006, on pouvait lire qu’il s’agit là du « plus grand scandale économique, la plus grande injustice économique dont ont été victimes les opérateurs économiques nationaux ».
Sgbs Vs Sci and Jubbo : Les arroseurs s’aspergent
En novembre 2015, Yann de Nanteuil, directeur général de la SGBS, est convoqué à paraître devant les tribunaux pour faux et usage de faux en écriture privée, accusé d’avoir tenté d’escroquer la Sci And Jubbo de 15 milliards de FCFA. En cause : La Sci And Jubbo a hypothéqué une parcelle de terrain en 2010 auprès de la SGBS en échange d’un crédit de 2,85 milliards de FCFA. Le 23 juillet 2015, la SGBS réclame le remboursement de 15 milliards de FCFA, sous peine de quoi elle engagera la vente des terrains hypothéqués. Cependant, pour Allia Tarraf Koujock, directrice générale de la Sci And Jubbo, le crédit consenti n’a jamais été débloqué, ce qui provoque la nullité de l’affectation hypothécaire.
Yann de Nanteuil aurait monté un faux dossier composé de communications fictives, de montants bidons, et de termes contractuels inexistants. Cependant, le 3 mars 2016, devant les juges, le directeur de la SGBS affirme que la procédure est légale et doit continuer (sans répondre aux accusations de faux et usage de faux). Au passage, s’estimant spoliée, la Sbbs réclame 5 milliards de F Cfa de dommages et intérêts à la Sci And Jubbo. Verdict le 19 mai 2016.
Belle ironie du sort pour ces deux entités qui, il y a 25 ans, marchaient main dans la main pour orchestrer la chute de la SIPL. D’où vient ce retournement de situations ? Vue que les comptes de la SGBS sont dans le rouge, son directeur a décidé de partir à la chasse aux mauvais payeurs. Récemment, c’est l’arrestation de l’homme d’affaires libanais Zoheir Wazni qui a défrayé la chronique : ce dernier est emprisonné en décembre 2015 pour incapacité de rembourser une dette de 22 milliards de FCFA, dont 8,9 milliards sont dus à la Sgbs. Voilà une méthode bien peu orthodoxe de réclamer son dû. A moins que ce ne soit qu’un avertissement adressé aux autres hommes d‘affaires libanais ayant bénéficié des largesses de la SGBS de par le passé, dont la Sci And Jubbo. Curieux tout de même que la SGBS utilise la même technique sur la Sci And Jubbo (remboursement immédiat ou dépossession) que les deux entités ont utilisé conjointement sur la SIPL il y a 25 ans…